Locals – The Winzeeer

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skatedeluxe

Voici le premier épisode de Locals. Au travers de cette série, nous allons offrir la parole à des skateurs/skateuses dont on parle peu dans les médias skate classiques mais qui ont une personnalité et des choses à raconter. Pour accompagner nos entretiens, nous nous somme appuyés sur des photos à l’argentique qu’ils ont prises eux mêmes de leurs environnements, leurs cercles de potes, leurs spots, bref tout ce qui anime durant un instant leur vie. Pour ce premier épisode, j’ai contacté The Winzeeer, une personnalité atypique que j’ai rencontré par l’intermédiaire d’un copain, Alzig. Winzeeer est unique, où que vous le placiez dans Paris, il rayonne et attire skateurs et quidams autour de lui grâce à sa bonne humeur communicative.

Salut Wiiinzer ! Est-ce que tu peux te présenter ?

Salut, je m’appelle Vincent Szewczyk – prononcé « Chèvcheikh » – alias The Winzeeer, j’ai 33 ans, l’âge du Christ. J’habite à Paris dans le 13e arrondissement. Je suis parisien d’adoption, chevrotin de naissance. Je fais du skate depuis plus de vingt ans. C’est important de le préciser, parce que des fois, on pense que je ne suis ici que depuis trois mois.

Locals - La Skateboarderie

On ne t’appelle jamais par ton prénom, Vincent, mais The Winzeeer. D’où te vient ce surnom ?

C’est un dérivé de mon prénom. À la polonaise, Vincent s’écrit avec un W. « Zer », c’est le côté rue, la streetzer, en référence à Booba lorsqu’il en parlait dans ses chansons. Ça a donc donné « Winzeeer », puis, avec la Coupe du Monde, « The Winzeeer » (La Gagne). Donc depuis quatre ou cinq ans, on m’appelle The Winzeeer. Précision, il s’écrit avec trois « e » pour ceux qui veulent me suivre sur Instagram @the_winzeeer.

Quelle est la journée typique de The Winzeeer ?

Je t’avoue que j’aime de plus en plus skater la matinée. C’est comme un petit training de matinée. D’ailleurs, Bastille ou Jussieu, pour se chauffer les jambes, sont des spots idéaux. Autrement, j’aime skater sans trop savoir où je vais dans mon arrondissement. Le 13e est vraiment cool à explorer. Je connais quelques boulevards, des petites rues propices au skate. Il y a toujours des trucs à faire dans ces coins. En ce moment, pas mal de travaux sont en cours dans le quartier. Qui dit travaux dit rénovations, donc nouveaux spots.

J’aime bien aussi simplement me balader dans la rue. J’adore Chevaleret notamment, Station F, etc. Comme tu peux le voir, je ne suis pas très skatepark. Même s’il y a quelques trucs sympas. Par exemple, Arcueil et Avron sont pour moi parmi les meilleurs du coin.

Mais en réalité, pour moi, la journée typique n’existe pas vraiment. J’aime l’imprévu, j’aime me renouveler, je suis assez ouvert aux opportunités qui se présentent au fil de la journée.

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“Belle p’tite pizza” sur le fessier suite à un hang-up lors d’un événement Lewis. C’est Jules un skateur parisien qui a bien voulu immortaliser ce joli trophée !

Quels sont tes lieux favoris pour skater ?

Je te dirais Bastille en numéro un, puis Jussieu et Saint-Eustache. On revient d’ailleurs du spot là. Ce n’est pas le skate qui est couramment fait. Le spot n’est pas excessivement fréquenté par les skateurs et en plus j’adore le côté ouvert du lieu. Tu as pas mal de passage et je sens que ce qu’on fait plaît aux passants. Il arrive même que des seniors t’applaudissent. Je trouve que cela donne une autre image de notre pratique, parce qu’on n’est pas que des sauvages. On fait aussi des choses artistiques. Parfois, les gens ne nous comprennent pas, mais quand ils font l’effort et vont au-delà de leurs préjugés, essaient de le décrypter, c’est cool. Moi, c’est ce que j’essaie de retranscrire dans mon skate. C’est d’ailleurs aussi pour cela qu’il y a ce côté un peu célébration quand je rentre un trick. J’aime partager.

Après, je ne crois pas être le meilleur skateur du coin et je ne compte pas l’être. C’est plus le côté jovial. J’adore supporter les skateurs que je vois. Hier, il y avait Amelien Foures à Jussieu. C’est intéressant de voir ce qui se fait de mieux et puis ça te challenge, ça te donne envie de progresser quand tu vois des mecs repousser leurs limites.

Jussieu a également ce côté ouvert. C’est central, mais ça t’ouvre sur l’autre rive. Il y a ce côté un peu transition entre les deux rives. C’est un vrai mood Jussieu. Après, il n’y a pas énormément de choses à y faire. Si les curbs sont ronds, un peu cassés, il faut dire que le flat est parfait. Et puis il suffit de pas grand-chose pour faire notre bonheur.

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Répu

Quels sont les modèles qui t’inspirent ?

J’adore Reynolds. Ce n’est pas du tout mon skate, mais c’est le Boss. Daewon Song m’inspire autant. Au-delà de ses manuals, c’est ce qu’il retranscrit. Quand tu l’observes, même si tout semble facile, tu te rends compte que c’est un vrai acharné, un vrai travailleur.

J’aime beaucoup aussi Nick Garcia. Je l’ai découvert récemment, je trouve qu’il a un skate différent. En réalité, j’aime beaucoup les gars du team Element. Je pense à Jaakko Ojanen. Pour moi, c’est ce qui se fait de mieux. Il a tout compris dans son skate. Il est unique. Les mecs peuvent essayer de le copier, ils n’y arriveront pas. Il est vraiment au-dessus. Je trouve qu’il a une maîtrise inégalée de sa board. Il est très spatial. Je pense qu’il a tout. Je ne vois aucune faille.

Puis enfin, il y a Oski. Je ne le regarde pas souvent, mais tu vois qu’il y a quelque chose de spécial qui se dégage de lui. En fait, j’aime tout simplement ceux qui font leur skate, donnent du sens, ont une identité. Tu n’as pas besoin de les voir deux fois pour les reconnaître. C’est ce qui m’intéresse.

Que fais-tu à côté du skate ?

En dehors du skate, j’ai un métier. Je travaille pour Décathlon. Je suis chargé de la mobilité urbaine. Il s’agit de gérer toute l’offre vélo, skate, trott, roller, j’en passe et des meilleurs. C’est un poste de passionné. J’adore ce que je fais. J’ai de la chance, parce que mon temps de travail est très flexible.
Par ailleurs, et cela est indépendant de ma fonction, mais je suis aussi ambassadeur skate pour Décathlon. Ce sont deux choses vraiment très différentes. Ça implique de tester des produits, d’en parler, de dire qu’il existe une véritable entité skate chez eux qui s’appelle Décathlon Skateboarding – ce n’est plus Oxelo −. Décathlon, c’est un mastodonte, mais il faut comprendre que la branche skate est mineure et qu’elle n’est pas là pour manger les shops de skate. Elle souhaite juste trouver sa place. Après, moi, je milite pour qu’ils soutiennent le skate français. J’adorerais qu’ils construisent des parks dans la région parisienne. Le skate est un grand enjeu pour eux. Ils seront les équipementiers officiels lors des JO de Paris.
D’ailleurs, j’espère personnellement dans les prochains mois ou années travailler à un poste en lien avec les Jeux. C’est un rêve que j’ai depuis petit.

-Il y a Ymard, Responsable Element store Paris, chez qui nous réalisons l’interview, qui nous regarde du coin de l’œil, on lui refait son après-midi-

Il y a quelques photos prises chez Nozbone. Est-ce que c’est un lieu que tu affectionnes particulièrement ? Et, de manière générale, que penses-tu des shops de skate ?

Ce sont des lieux d’accueil toujours chaleureux, comme ici au Element Paris, ou Nozbone, si on fait référence à la série de photos que j’y ai prises. J’ai aussi le souvenir de Day Off, le shop de tonton Reddah. Quand tu débarquais chez lui, tu te sentais chez toi. Il te laissait mettre ton son, etc. Terrence, du store Element, nous laisse skater la flat barre devant le shop.
À Nozbone, où ces photos ont été prises, je me suis rendu à la mini sous le shop. Et c’est là que j’ai rencontré Paul, qui faisait un documentaire sur la passion en général. On a filmé, on a fait des photos ensemble et on a skaté la mini. C’était très cool.

Ce même jour, des dames étaient présentes, parce qu’elles cherchaient un cadeau pour leur fille. C’est là que tu réalises que le skate est passé à une autre phase. Le skate touche maintenant tous les publics et les générations. C’est moins connoté négativement qu’auparavant.
Pour en revenir aux photos prises chez Nozbone. Il y a un pote de Wasted qui était passé @spotwaste, Axel, C’est un auto-entrepreneur qui récupère des boards et qui en fait des objets. Il a créé des porte-clefs pour Element ou encore une enceinte pour Activision au moment de la sortie de de THPS 1 + 2.

Locals - La Skateboarderie - Nozbone
Axel / @spotwaste : chaque semaine, il fait le tour des shops pour récupérer d’anciens planchons qu’il va customiser à sa guise sous peu.

Les rencontres sont une composante essentielle du skate. Pour toi, une bonne journée de skate, c’est aussi de bonnes rencontres ?

Totalement. Et c’est même drôle quand, parfois, tu rencontres des inconnus. Comme la photo avec les deux petits chiots. J’avais croisé une première fois le maître. À ce moment, il n’y avait qu’un chiot qui portait un ‘tricot’ rouge et l’autre non. Alors je lui dis : « C’est presque les couleurs du Paris Saint Germain. Il faudrait que vous fassiez quelque chose. » Il m’a répondu « Oui, mais l’autre n’est pas encore assez grand pour porter un tricot. ». Quelques semaines plus tard, je l’ai recroisé avec ses deux chiots. L’un portait un petit vêtement rouge et l’autre chiot, qui avait grandi entre-temps, portait un tricot bleu. On était tous les deux très heureux de s’être revu et on en a rigolé.

Locals - La Skateboarderie - Chiots mignons
L’imprévu qui domine dans une session de skate comme revoir ce couple de jumeaux canins drapés de rouge & de bleu <3

Toujours dans tes rencontres, il y a une photo d’un couple. Qu’est-ce que tu peux me dire sur eux ? Qui sont-ils ?

Ce jour-là, c’est trop cool, j’ai revu une copine du collège. Elle s’appelle Amélie. Elle m’a dit : « Toi, tu ne changeras jamais. ». C’est probablement le meilleur compliment qu’on ait pu me faire. Elle m’a présenté son copain, voire même son futur fiancé/mari, parce qu’ils sont très amoureux. On ne s’était pas croisé depuis au moins dix ans. Et c’est marrant, parce que tu vois, les trajectoires qu’on a tous eues. Même une ou deux fois, quand je viens au Element store, j’ai croisé des gens sur la rue Turbigo. Je m’attendais à être déçu. Et je l’étais, parce qu’ils étaient passés à autre chose. Ils sont dans des projets familiaux. Je n’ai rien contre cela. Au contraire, je pense que c’est essentiel, mais je trouve qu’ils ont mal vieilli. J’ai passé la trentaine, mais mentalement et physiquement, je n’ai pas l’impression d’avoir atteint ce stade.

Quelle est ta meilleure/pire rencontre ?

Je t’ai parlé de Léo. Lui, il me propose régulièrement de passer au shop quand c’est calme pour aller manger. Ça lui fait du bien de sortir prendre l’air aussi. J’aime beaucoup aussi @gr0mmmmm sur insta. Je trouve que c’est le skateur le plus sous côté du game. Mais il s’en fiche royalement. Et puis, c’est l’allure. Je trouve qu’il a une manière de skater, de se mouvoir vraiment à lui qui me plaît beaucoup.

Locals - La Skateboarderie
“Voisine & réalisatrice de film de passage au skateshop Nozbone, franche & belle discussion autour de l’art, du skate par le prisme des images ou du dessin.
L’un de ses rêves serait de faire un documentaire en lien avec la planche à roulettes.”

Dans les pires, franchement, je pense à aucune en particulier. Il faut dire aussi que je me suis calmé avec le temps. J’ai mis de l’eau dans mon vin et je pense avoir compris qu’il ne faut pas s’embrouiller et provoquer les mauvaises rencontres. Une fois, dans un restaurant, je fais un manual et je tombe sur deux gars, ils me disent « ça va, ça ne te dérange pas de nous rouler dessus ? » Je n’ai pas cherché à envenimer la situation. Je me suis excusé et tout est rentré dans l’ordre.

Quels sont tes projets futurs ?

J’aimerais avoir une vraie part. Pourquoi pas aussi avoir des images dans d’autres vidéos. Mais par-dessus tout, j’adorerais avoir un vrai bail en soliste et à la fois collectif avec des gens dans ma part. J’aime bien être entouré.

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