Julien Unavista Deniau
Photo: Jeremie Leconte // @jeremie_leconte

Julien « Unavista » Deniau, pionnier français du skate-art en expo à Paris

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skatedeluxe Skate Shop

Les vrais amateurs de skate-art ont tous déjà eu l’occasion d’admirer virtuellement les œuvres de Julien « Unavista » Deniau, mais depuis quelques jours, il est désormais possible de les observer grandeur nature puisque 10 pièces de sa série 90’s Hip Hop ont pris leurs quartiers d’automne à Paris.

L’expo s’intitule « Inspekt da deck » en référence au Wu Tang Clan, et représente un panel de rappeurs US des 90’s parmi lesquels Tupac, Dre, Aaliyah, Notorious B.I.G, ou encore Jeru The Damaja. Elle est visible au skateshop Le 39 (de la rue Etienne Marcel), et dure jusqu’au 31 octobre.

Anciennement skateur pro et grand amateur d’arts plastiques, Julien s’est naturellement orienté vers le skate-art il n’y a pas loin de 20 ans maintenant. Deux décennies pendant lesquelles il s’est installé à Barcelone et a créé là-bas son identité d’artiste, qui l’a conduit jusqu’au « Collectivo Astillero », un regroupement d’artistes au sein duquel il occupe un atelier cosy, d’où il alterne assidument entre ponçage et vernissages.

C’est justement à l’occasion de l’ouverture de son expo au 39 que j’ai pu bavarder avec « Unavista », lui-même heureux d’avoir livré ses pièces à bon port et de pouvoir en profiter pour revoir les homies et chiller en famille. Voici ses réponses issues de notre échange:

LS/ Julien Unavista en quelques basics : Age, Ville, Stance, Tricks signature, et ta vie de skateur ? Et peux-tu nous dire aussi d’où vient ton pseudo Unavista que représente-t-il pour toi ?

Oui bien sûr, j’ai 45 ans et je suis originaire du Chesnay dans le 78, d’où j’ai bougé beaucoup en France et dans le monde en tant que photographe et skateur, avant de m’attacher à Barça en 2000. je skate encore de temps en temps quand j’ai pas mal au dos, je suis regular et j’ai toujours mon flip, j’espère encore pouvoir le faire à 60 ans. Mes nouveaux tricks signature sont désormais l’upcycling skate-artistique !

La skatelife est donc moins sportive que par le passé mais c’est toujours mon lifestyle dans le sens où mes activités artistiques conservent un lien fort avec le milieu et les potes depuis toujours. Il y a le skate-art bien sûr mais aussi la photographie et en particulier la photo de skate.

Unavista j’ai pris ce pseudo parce que la VUE me représente en général, comme photographe, vidéaste et artiste, je ne pourrais rien faire sans mes yeux. Donc UNAVISTA c’est comme dire que tout ce que je fais représente ma propre vision du monde.

skate art Julien Unavista 4
Photo: Julien « Unavista » Deniau

LS/ Tu as été un des premiers en France à customiser des planches de skate à finalité purement décorative. Avec des grands formats emblématiques de ton œuvre en technique mixte sculpture/peinture. Quelles ont été tes influences à l’époque ?

En effet, c’est vrai, le skate-art avant la customisation de boards se retrouvait uniquement à travers des graphismes sous des planches qui conservaient théoriquement la finalité d’être skatées. Mes customisations changent la destination de la planche c’est évident par leurs tailles et leurs découpes.

En réalité mes inspirations ne sont pas directement venues par le skate car c’est au contact de graffeurs que j’ai choisi de reprendre le dessin et la peinture. Pour le support, j’avoue ne pas avoir cherché longtemps ni modèle ni alternative, j’avais des planches qui trainaient chez moi et c’est venu assez naturellement, habitué depuis mon enfance à travailler le bois par pur amusement.

Du point de vue technique, j’apprécie expérimenter différents matériaux mixés dans mes pièces, comme par exemple le fil de fer que j’intègre régulièrement dans mes panoramas urbains pour représenter les câbles électriques aériens, ou aussi la résine qu’on peut retrouver dans le portrait d’Aaliyah, même si la résine est compliquée pour ce que je fais, je pense essayer d’une autre manière prochainement.

skate art Julien Unavista 3
Photo: Julien « Unavista » Deniau

 Véritablement je préfère rester sur mon approche initiale de valoriser les matériaux par le recyclage.

Pour mes illustrations je travaille surtout à la peinture au pinceau et au Posca. J’aime piocher des références graphiques dans l’art symbolique issues de différentes civilisations qui font écho à mes inspirations. La street culture hip hop telle qu’exposée ici au 39, mais aussi les civilisations disparues comme les Mayas ou Incas qui m’ont inspirées pour les détails graphiques de mes séries animalières.

LS/ Fidèle toujours à ta pratique de réutiliser les grips des vieilles planches pour poncer ? 

Comme je disais auparavant, le recyclage est important et donc j’utilise le grip même de la planche pour poncer et polir les boards que je coupe.

LS/ Comment vois-tu l’évolution du skate-art actuellement ? 

Positivement ! Il y a de plus en plus d’artistes et de scènes ouvertes à cette discipline au point qu’il devient même possible de subdiviser en sous-famille par techniques ou dimensions des œuvres, ou même d’associer des projets sur des expos thématiques.

En comparaison avec le graffiti, des passerelles se créent entre le monde de l’art et le monde du skate. Le skate-art trouve sa place dans l’art contemporain et les skate-artistes n’en sont que mieux valorisés. Le travail sculptural d’Haroshi en est évidemment l’illustration la plus parlante. Parallèlement à cela il y a des skateurs qui sont valorisés en tant qu’artistes comme Stephan Janoski qui se consacre à la sculpture (bronzes), ou encore Mark Gonzales (poèmes et dessins naïfs au trait).

C’est aussi le travail de l’artiste d’élargir davantage son audience pour que ses messages soient reçus, que les gens soient touchés par quelque chose qui les transporte.

Les marques de skate jouent aussi un rôle important en soutenant les événements dédiés ou certains projets, espérons que cela contribue à ce que demain le public, les musées et les galeries d’art contemporain soutiennent aussi davantage cette dynamique ! Aux artistes également de faire le reste. Ainsi qu’aux médias comme La Skateboarderie que je remercie de tout cœur de contribuer à la diffusion de mon travail et du skate-art en général. Continuez comme ça les gars !

LS/ Tu as réalisé différentes séries déjà autour de thématiques comme les animaux, avec des pièces monumentales visibles dans un article qui t’a été consacré par notre confrère Romain de The Daily Board, ici au skateshop Le 39 on te retrouve avec cette série 90’s Hip Hop, et tu as une série en cours autour du sport avec des portraits de sportifs célèbres. Où en es-tu de cette série sportive pour laquelle Paris 2024 pourrait potentiellement t’offrir une vitrine idéale ?

Le projet avance ! Mohammad Ali a fait l’objet d’une pièce, également visible dans l’article de Romain. Laura Flessel aussi. J’ai Yannick Noah également, Usain Bolt, Zizou, Mickael Phelps ou encore Michael Jordan. Et en projet, il y aura d’autres sportifs à qui je souhaite rendre hommage que je dévoilerai au fil de l’eau.

La série s’intitule Sport 4 earth  donc pour moi elle reflète l’idée que le sport et les sportifs peuvent faire un effort pour sauver notre environnement d’une manière ou d’une autre et contre la surconsommation. J’ai d’ailleurs traité aussi ce dernier sujet dans une autre série intitulée Save the planet qui alerte sur la toxicité de la surproduction industrielle et des énergies nucléaires ou carbonées. Mon message en ce sens est écologiste, en regard avec ma série animalière qui entend célébrer la diversité des espèces en vois de disparitions et à protéger autant que possible (cf. la sous-section Endangered Animals de la série Animal World).

Au travers des J.O en France dans 3 ans, si j’ai l’opportunité de positionner officiellement mes œuvres proche du village olympique, je serai de toute évidence ravi de cette vitrine. Je sais que le projet olympique à Paris sera très axé sur l’environnement et qu’ainsi la conscience de la durabilité et de la recyclabilité des matériaux sera mise à l’honneur. C’est toute mon œuvre qui serait valorisée par une telle exposition. N’en déplaise aux sceptiques du skate olympique, il faut savoir avancer positivement avec les opportunités tout en restant fidèle à ses valeurs, pour les pousser au-delà des polémiques. Le skate français est bien vivant et il faut le soutenir aussi en dehors des sentiers battus.

LS/ Qu’évoque pour toi l’olympisme personnellement et en tant que skateur/artiste ? 

Artistiquement, l’olympisme évoque les bienfaits du sport avant toute chose. Je conçois l’olympisme comme traditionnellement rattaché à la paix et la fraternité entre les peuples. La compétition n’est pas pour moi l’élément central, même si j’admire les sportifs aussi pour leurs palmarès. En tant qu’ancien sportif de haut niveau, la performance a quand même aussi beaucoup de sens. Donc l’olympisme évoque en moi en priorité la paix, et le respect.

En tant que skateur je reste attaché aux valeurs du skate underground, mais la partie sportive ne peut pas être déniée. J’ai été parmi les premiers riders d’Adidas en France, bien avant les développements que la marque a connus par la suite dans l’univers du skate. C’est assez marrant de voir qu’à l’époque où les marques « core » dominaient, Adidas était plutôt décriée. Finalement, les gens se sont rendus compte qu’à travers le prisme du sport plutôt que celui de la « street », davantage de moyens étaient déployés et qu’il devenait possible de penser vivre correctement du skate au même titre que les autres sportifs qui arrivaient à vivre de leur discipline. Adidas a commencé à séduire davantage les skateurs et s’est installée dans le paysage des marques cultes.

LS/ Et après les animaux, la musique, le sport, l’environnement, y’a-t-il une autre thématique qui te tiendrait à cœur de traiter par la suite ?

Il y a beaucoup de thématique qui m’intéressent, la science, les femmes, le journalisme, le cinéma et bien sûr le skateboard.

Au-delà de ça, plutôt qu’une thématique, c’est aussi des nouvelles expériences que je recherche, comme par exemple la réintégration du skate-art au sein du street-art urbain. Ainsi que de peindre des fresques murales les plus grandes possibles en utilisant différentes techniques comme la bombe, le goulot. Je souhaite apprendre quelque chose chaque jour, pour faire évoluer mon travail.

On en avait discuté à l’époque du confinement et depuis j’ai réalisé quelques collages street-art de morceaux de decks illustrés. Principalement dans des ruelles de Barça mais j’espère bientôt pouvoir en poser dans les rues de Paris ou d’autres villes un peu façon « Space Invaders ».

LS/ Top, à suivre donc ! Merci Julien, c’est toujours un grand plaisir d’échanger avec toi et de découvrir tes nouveaux projets via tes différents comptes insta : 

@unavista.streetart

@julien.unavista

@unavista.photos

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