ITW – Realaxe

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skatedeluxe Skate Shop

Samarria Brevard chez Enjoi, Breana Geering chez Girl, Bryce Wettstein chez Stereo, et je pourrais continuer ainsi pendant longtemps.. l’industrie du skate prête enfin une véritable attention au skate féminin trop longtemps invisibilisé. L’arrivée des Jeux Olympiques -et c’est d’ailleurs l’un des rares mérites qu’on peut lui attribuer- y a probablement joué son rôle. Mais les filles elles même ont largement contribué à cette bataille pour une égalité de traitement à travers les réseaux sociaux, les médias skate 100% féminins comme The Skate Witches, Dolores Magazine ou encore les associations 100% féminines.

Pour comprendre le rôle de ces dernières, j’ai rencontré Sophie Berthollet, l’une des fondatrices de l’asso Realaxe Skate, au skatepark de Charonne, à Paris.

Salut Sophie, est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Sophie, je viens de fêter mes 40 ans. C’était le 22 septembre. Ce n’est pas rien. En temps normal, je travaille au Citadium, je m’occupe du skate shop pour V7 Distribution.

Raconte-moi depuis le début ce qui t’a amené au skate.

Depuis toute petite, je voulais faire du skate. Ma première planche, je l’ai eue à 10 ans. J’avais été dans un Carrefour avec ma mère. Je lui avais tapé un scandale. La planche était en tête de gondole. Je lui ai dit : « Maman, je ne sors pas du magasin tant que tu ne m’as pas acheté ma planche ! ». La pauvre, elle a cédé.

Comment t’est venue cette subite envie d’obtenir une board ?

Je pense que cela vient des années 80. Il y avait plein de films comme Retour vers le Futur. Moi, j’étais amoureuse de Marty McFly qui skatait. Et puis, tous les dessins animés.

Tu vas parler de « Rocket Power » ? Parce que pour moi c’était le meilleur dessin animé de skate !

Vu que j’ai fait des études d’archéologie, j’étais plus Denver le Dernier Dinosaure. D’ailleurs, il n’y a pas très longtemps, j’ai re-regardé le premier épisode. C’est une bande de copains, il y en a un qui fait du skate, l’autre du Bmx et tout. C’est la American way of life qui te fait un peu rêver. Ça a commencé comme ça.

En 1990, le skate était en plein essor, mais moi j’étais à Dijon. Pour trouver des skateurs, c’était un peu compliqué. Donc j’ai fait de l’équitation. Mais j’étais dans le « ride » quand même ahaha. Et puis ont suivi le collège et le lycée, j’étais dans le crew des skateurs. Mais malgré cela, j’ai été confrontée à l’époque à une première barrière qui est : « Bah non, le skate ce n’est pas fait pour les filles ! ». C’était en 1997. Et comme j’étais un peu renfermée sur moi-même et bien je n’ai pas cherché plus loin que ça quand la personne m’a dit ça.  C’est à ce moment qu’est arrivé le snowboard. Là, au contraire, tout le monde me disait : « Ah ouais, tu rides bien ! Vas-y, viens avec nous ! ». J’ai fait plusieurs saisons.

Le skate, à cette époque, était moins ouvert aux filles ?

Disons plutôt que je suis tombée sur des personnes plus ouvertes. Je préfère dire ça, parce qu’au contraire, le skate, pour moi, est quelque-chose d’ouvert. D’une chose l’autre, j’arrive à Paris. J’avais envie de me remettre à skater. C’est alors que je retombe sur une personne qui aime les sports de glisse comme moi, qui skate, et il me propose de venir avec ses potes en session. C’est à ce moment-là que nous sommes allés à Roller Park Avenue. Tous les mardis soir, nous allions au park. Si mes souvenirs sont bons, c’était 7 euros l’entrée. Je tiens à le préciser parce qu’à cette époque j’étais étudiante tout en travaillant à côté. Ça ne m’empêchait pas de payer 7 euros une fois par semaine.

Ce n’est pas donné !

Souvent, les skateurs disaient : « Oui, ça coute trop cher. ». Mais bon, voilà, j’avais tellement envie d’aller rouler… Pour moi, une entrée, c’était une ou deux bières en moins, mais tu pouvais aller skater. Le lieu était tellement gigantesque, avec tellement de rampes en bois… Ça faisait rêver, donc j’étais prête à payer. C’est là-bas que j’ai vraiment commencé à skater. Ça a duré une année. Puis mon pote s’est barré dans le sud-ouest. J’ai arrêté de skater, puis je n’ai repris qu’en 2009, au moment où j’ai commencé à bosser chez V7.

Comment t’es venue l’idée de créer Realaxe Asso? J’imagine que ça venait du constat d’un manque criant de filles qui skataient ?

Par rapport à cette expérience personnelle, quand je me suis remise à skater en 2009, il n’y avait quasiment aucune fille qui skatait autour de moi. J’en croisais parfois. Un jour, j’en croise une, puis une seconde ; je me dis : « Wow ! Une fille qui skate, truc de ouf ! Viens, on va skater ensemble ! ». Dès le départ, je leur ai dit : «Put*** les filles, il n’y a vraiment rien qui se passe pour les girls dans le skate, il faut qu’on fasse un truc ! »

En réalité, c’est un truc que je sentais au fond de moi-même. Je me suis dit que c’était le moment de le faire. En 2014, nous avons lancé l’association avec l’objectif de regrouper les filles pour skater ensemble.

Quand et comment s’est déroulé votre tout premier rassemblement ?

Le premier événement a eu lieu en septembre 2014 à Chelles. Nous avions organisé un Realaxe Skate Weekend. Nous avions envie d’organiser cela sur tout le weekend pour permettre aux filles résidant hors de la région parisienne de venir. C’était l’occasion de partager des valeurs d’entre-aide, de persévérance, des valeurs culturelles et artistiques. D’ailleurs, il y avait eu une fille à l’époque qui fabriquait ses propres boards. Il y avait aussi une copine qui avait donné un cours de yoga. Le dimanche matin, nous avions proposé de dormir sur le park et nous avions dormi dans la Méga Ramp. Le lendemain, je me suis fait réveiller par une copine qui était dans son sac de couchage et qui avait pris la langue pour descendre. Il devait y avoir 10 ou 15 filles tout au plus.

L’association n’est-elle limitée qu’à Paris ou y a-t-il des antennes locales ?

Pour le moment, l’association travaille uniquement sur Paris. Mais c’est vrai que nous avons des filles qui nous disent : « Pourquoi on pas ça chez nous ? », ou alors des copains que nous connaissons depuis un moment qui déménagent et qui se disent : « Tiens, ce serait cool de pouvoir développer ça à d’autres endroits… ». Pour le moment, c’est en réflexion, mais ce n’est pas ma volonté actuellement. Moi, j’ai envie de me concentrer sur les filles, les aider à se lancer, à dépasser leurs peurs.

Pourquoi est-ce que c’est difficile pour une fille de se lancer ?

Les mentalités commencent à changer. Tu le vois bien, depuis deux ans, c’est en train d’exploser. Les filles skatent partout, c’est super ! Nous sommes en train de passer un cap. Mais il y a plein de filles, et des garçons aussi d’ailleurs, qui sont un peu timides. Tu vois bien, quand tu débutes parfois au skatepark, t’es dans ton coin. Si tu ne connais personne, tu restes là 45 min, tu vas faire deux trois allers-retours, mais tu ne vas rien faire. Donc, là, il faut leur donner un cadre. Nous, notre rôle, c’est de leur expliquer que nous sommes bienveillants les uns avec les autres : « Il n’y a pas de souci, mets-toi à l’aise. »

Nous recevons également souvent des messages par Instagram via @Realaxe.Asso : « Ouais, je voudrais faire ça, mais je n’ose pas ». Donc nous essayons d’envoyer des messages rassurants : « Viens avec nous en session. Quand t’auras fait la première, tu voudras revenir, parce que nous faisons des sessions tous les premiers dimanches du mois. Ces sessions permettent de créer des connexions, des réseaux entre filles qui peuvent par la suite se retrouver pour skater en dehors du cadre de l’asso.

Très positif que les choses évoluent dans le bon sens grâce à votre association. Est-ce que les Jeux Olympiques -même s’ils sont perçus différemment selon les skateurs- et tout ce qui s’ensuit aident à développer le skate féminin ?

Les JO impactent favorablement notre asso. Cette année, c’est notre troisième rentrée où nous proposons des cours. Nous avons été complets dès le 1er septembre ! C’est une bonne chose, mais pour moi c’était difficile de refuser des personnes alors que c’était à peine la rentrée. Il fallait limite s’y prendre en juin. C’était fou. Et j’imagine que c’est peut-être aussi le rythme parisien. Dès que tu veux inscrire tes enfants à des cours, tu dois t’y prendre un an à l’avance.

Mais surtout les réseaux sociaux je pense. J’imagine une fille qui n’ose pas se lancer ou qui ne connait pas trop le sport, qui tombe sur une vidéo d’une skateuse qui progresse, qui voit qu’elle s’amuse, qui tombe, mais ok ce n’est pas grave… Elle se relève et elle repart. C’est motivant et tu peux te dire : « En vrai, c’est fun ». En plus, le skate, tu n’as pas besoin de grand-chose, il te suffit juste d’une board. Tu peux en faire à peu près n’importe où. D’ailleurs, c’est pour cela que, suite au confinement, beaucoup de personnes se sont mises à rouler.

Nous avons rencontré plusieurs cas, comme une jeune fille, 11 ans, dont le club de gymnastique avait fermé. Elle s’est mise alors à skater et, en huit mois, elle a progressé de ouf !

En 2014, vous étiez 10-15. Et maintenant, combien êtes-vous ?

On tourne autour de 100 licenciées pour les cours. Mais après, si tu prends en compte tous les événements que nous organisons, les sessions, les Queens of The Road en septembre…, parfois, ce sont des personnes qui ne sont pas forcément adhérentes à l’association (10 euros l’adhésion). C’est d’ailleurs mieux quand vous adhérez, pour toutes les questions d’assurance notamment.

A côté de cela, votre asso est-elle soutenue par des marques ou autres ?

Il y a eu Jean-Marc Vaissette au début de REALAXE et Etnies pour le Queen Of The Road 2021. Adidas nous a également soutenu. Ils sont venus vers nous, ils nous ont dit qu’ils appréciaient beaucoup notre travail et qu’ils aimeraient nous aider dans le cadre de la campagne She Breaks Barriers pour encourager les femmes dans le sport. Donc, nous, nous leur avons dit que nous aimerions bien développer les cours de skate, que nous avons besoin d’acheter du matériel, de payer les formateurs, les formations, etc… Et ils nous ont ainsi aidé financièrement, plus le skatepark de Charonne dans le 11ème arrondissement -40 rue Emile Lepeu 75011-. Parce que nous leur avons dit que nous manquions d’espaces pour pratiquer. Comme le skatepark de Charonne était en rénovation, avec Hadrien Buhannic, qui bossait pour Adidas, ils nous ont proposé des créneaux. C’est ouf, nous étions super heureuses, parce que nous, nous étions « sans skatepark fixe ». Ici, à Charonne, nous disposons de vestiaires, de sanitaires et de locaux pour stocker du matériel.

Nous avons aussi collaboré ensemble sur des events en nous offrant des chaussures. Et ce qu’il faut savoir, c’est que nous avons besoins de petites pointures. En temps normal, c’est compliqué à trouver chez les marques classiques de skate, même si cela est en train d’évoluer. Mais, chez Adidas, ils débutent au 36 et fonctionnent par demi pointures.

L’asso a-t-elle déjà  été confrontée à du sexisme ?

Des fois, nous recevons des messages. Après, c’est peut-être un problème de communication. Du style : « Ouais, ce que vous faites ce n’est pas bien parce que vous sectorisez les femmes et les hommes. » Nous, ce n’est pas du tout ce à quoi nous aspirons. Tout que ce que nous voulons, c’est donner un coup de pouce aux filles, leur donner une place et montrer qu’elles sont tout aussi capables que les garçons. Alors effectivement, nous ne sommes pas foutus pareil physiquement et, dans d’autres sports, il y a des certaines choses que nous n’arrivons pas à faire.

La différence de niveau est en train de se réduire. Je m’en rends compte quand je mate les SLS.

La finale femme de la dernière SLS, j’ai lâché, parce qu’effectivement je me suis dit que le niveau était en train d’exploser. J’ai failli pleurer deux fois, je suis assez sensible ahaha. La seconde fois, c’était au Far’n’High, je ne sais plus l’année, mais nous y allons souvent avec Realaxe. Un vendredi soir, lors d’un Training Fille, je vois toutes les filles s’entrainer et qui venaient de tous les pays. Certaines venaient d’Australie, du Brésil, d’Italie, des US, etc…  Elles étaient présentes et chacune d’entre elles avait son propre style, non pas ce que ce soit le plus important, t’en avais une en crop top, une en patte d’eph et une autre en legging. Je trouvais qu’il y avait une telle diversité, je n’avais jamais vu ça de ma vie. C’est quelque-chose que j’avais toujours rêvé de voir.

C’était un accomplissement ! Et est-ce qu’il y a des skateuses que tu suis, admires ?

Je n’ai pas de préférence. Ça veut dire que tu dois faire un choix. Moi, je soutiens tout le monde.

Très rapidement, les Jeux Olympiques, t’en as pensé quoi ?

Je trouve que ça donne une certaine visibilité et de la légitimité. L’autre jour, par exemple, je vais à la Banque pour déposer des chèques pour Realaxe, j’échange avec la banquière et elle me dit : « J’ai regardé les épreuves de skate aux JO, c’était très sympa !». Pour les gens qui n’ont pas forcément une sensibilité par rapport au skate, de voir ça à la télé, ça peut aider à mieux nous faire accepter. Le côté légitime, nous en avons besoin. Parce que, d’accord, le skate, c’est dans la rue. Mais tu sais très bien qu’en hiver, je parle pour Paris puisque je vis ici, c’est une galère pour skater. Tu vas à la Défense dans les parkings souterrains, tu peux te faire virer par les riverains, c’est un peu craspouille, bon, même si on s’en fout, nous sommes des skateurs, nous vivons par terre. En fait, nous, nous nous battons pour obtenir un lieu couvert digne de ce nom à la fois pour les débutants et les personnes qui ont un gros level. Si tu regardes bien, ces skateurs préfèrent rejoindre le sud-ouest, qui dispose de plus de structures et d’une bien meilleure météo.

Quel est l’avenir de Realaxe Skate ?

Idéalement ce serait de ne plus exister. Si nous n’existons plus, cela signifierait qu’il y aurait une parité, une parfaite égalité garçons/filles. Mais autrement, dans un avenir proche, nous allons continuer à montrer que nous sommes toujours présentes.

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