Barney Page RVCA Paris 3
Crédit photo: Valentin Izzo // @val_i22o

Interview avec le créatif Barney Page

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A l’occasion d’un event organisé par RVCA Paris au Consulat, j’ai eu la chance Merci Florine- d’interviewer Barney Page, un skateur incroyable. Je l’avais découvert dans la Etnies Album. Sa manière de voir les spots, son board contrôle, sa sélection de tricks, Barney est un skateur très créatif et ultra chill. Bien lui en a pris, puisqu’il s’agissait de mon premier interview face à face en anglais.

LS/ Quand et comment as-tu commencé le skate ? J’ai lu que tu avais commencé à skater dans la petite ville d’Exeter dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Je viens d’Exeter, dans le Sud-Ouest de l’Angleterre. Devon, c’est la région, Exeter c’est la ville (chef-lieu). Au départ, j’ai été attiré par le BMX Racing, et en fait un de mes amis possédait des planches. J’ai commencé à en emprunter une pour skater avec eux. Je roulais sur les genoux ou assis. J’ai adoré, je pense que ça m’a donné envie de me procurer ma propre board. Alors, quelques mois plus tard, Noël arrivant, j’ai pu avoir ma première board. Très vite, j’ai arrêté le BMX pour me consacrer à fond au skate. Je suis vraiment tombé amoureux de la planche.

LS/Qu’est-ce qui t’as attirée dans le skate ?

Je ne saurais pas vraiment te dire ce qui m’a attiré dans le skate. Je crois que le skate est quelque chose d’individuel où chacun d’entre nous est unique, et me mélanger avec des personnes différentes de moi me fait me sentir bien. Le fait aussi évidemment de progresser : apprendre un trick, puis un autre, et encore un autre, cela procure beaucoup de plaisir et ça a un côté addictif. C’est comme ça que je le ressens.

LS/ Quand as-tu senti que tu pouvais être pro et gagner ta vie grâce au skate ?

C’était une idée folle à l’époque de pouvoir gagner sa vie grâce au skate. Tu sais, tu commences à skater parce que tu aimes ça et non parce que tu envisages une carrière quelconque. Après avoir quitté le lycée, je crois que j’ai commencé à gagner un salaire mensuel grâce à mes sponsors.

C’est ainsi que j’ai pu commencer à voyager et de faire ce que j’aime, mon métier. Je pense que c’est là que j’ai réalisé que j’avais trouvé mon truc.

LS/ Comment t’es-tu fait remarquer par tes premiers sponsors, notamment par Rob Selley et sa compagnie Motive Skateboards ? Est-ce que c’était au moment où tu as commencé à skater à Milton Keynes ?

Ouais, exact, je suis du Sud-Ouest et j’avais l’habitude d’aller à Milton Keynes, au Nord de Londres. Il y avait un spot qui s’appelait The Buszy. C’était une ancienne station de bus qui avait été transformée en skatepark plaza, avec des curbs, des tables à manny, etc. Moi et mes potes, on avait l’habitude de se rendre là-bas une fois par mois. On était super hypés à chaque fois. On conduisait pendant 4h et on restait tout le week-end à skater The Buszy et se faire des potes. C’est durant cette période que j’ai fait la connaissance de Rob Selley, grâce à des amis que nous avions en commun. Il dirigeait à cette époque la compagnie Motive Skateboard et il m’a proposé de m’envoyer des boards. Les choses ont commencé à évoluer à ce moment-là.

Il travaillait aussi avec un photographe britanique qui s’appelait Leo Sharp. Leo est venu un jour et m’a shooté durant un week-end. Grâce à lui, j’ai pu obtenir ma première interview Check Out With chez Sidewalk, qui a aujourd’hui disparu.

Je pense que ça a vraiment explosé pour moi à partir de là. J’ai commencé à me faire connaitre, apparaitre dans le magazine Sidewalk, etc. Si je n’avais jamais quitté Exeter, cela ne se serait probablement jamais produit et je ne serai pas ici, à Paris.

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Crédit photo: Valentin Izzo // @val_i22o

LS/ Et avec Etnies et Sour ?

Leo Sharp a parlé de moi à Sole Tech (éS, Emerica, Etnies) UK, et puis je suis allé à ce contest en Écosse avec un groupe de skateurs qui étaient sponsorisés par Sole Tech. C’est à cette époque que j’ai commencé à recevoir des chaussures Etnies, et ainsi gravir les échelons chez eux.

Avec Sour, c’est un peu différent. Beaucoup de mes amis étaient à Barcelone et skataient pour Sweet. Alors j’ai commencé à skater d’abord pour cette marque. J’adorais rouler avec ces gars. Ils m’inspiraient beaucoup, la manière dont ils skataient, leur team. J’ai skaté pour Sweet pendant un mois environ et puis nous sommes tous partis.

LS/ Qu’est ce qui s’est passé ? J’ai entendu dire qu’il y avait des dissensions dans la team.

Ils n’appréciaient pas les graphiques et la direction que prenait la marque. Ça ne leur correspondait plus. Donc Björn Holmenäs, le team manager, a décidé de monter Sour avec les anciens de Sweet. Il a emprunté de l’argent à un ami pour créer la marque. Tout a commencé comme ça avec Sour.

LS/ Si tu n’avais pas été skateur pro, qu’est ce que tu aurais fait ?

Je me pose souvent la question à moi-même…

LS/ Mannequin ? Avec cette superbe chevelure ?

Ahahaha nonnnn ! Hum… J’avais fait un stage de charpentier quand j’ai quitté le lycée. J’aime travailler le bois avec mes mains. Je ne parle pas de construire des maisons, ça c’est ennuyeux. Mais l’aspect artistique me plait bien. Tu vois Jericho à Londres ? Ils font des bagues, des pendentifs et autres. J’aimerais faire quelque chose de ce style. Plus comme un job complémentaire. Mais à vrai dire, je ne sais pas vraiment. C’est difficile de savoir ce que j’aurais aimé faire, parce que je fais déjà quelque chose que j’aime. Il n’y a rien qui vaut ça.

LS/ Etnies t’as accueilli dans sa team avec la vidéo « Welcome to Barney Page » en 2010. J’ai maté la vidéo. C’était incroyable. Comment expliques-tu ta longévité au sein de la marque ?

Mec, je ne sais pas, ahaha ! La chance ! Ahaha ! Tu sais, ce sont vraiment des personnes très sympa et ce sont devenus de bons amis au cours de ces dix années. J’apprécie toujours de partir avec ces personnes en skate trip. Avoir un lien fort avec ces personnes aide à la longévité.

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Crédit photo: Valentin Izzo // @val_i22o

LS/ Et physiquement, comment tu réussis à rester en forme ?

Tu sais, j’essaie de rester healthy. Je m’assure de bien m’hydrater. Skater tous les jours, c’est déjà beaucoup d’exercice en soi. Ton corps est en permanence en mouvement et élimine les toxines de lui-même. Ton régime alimentaire joue beaucoup aussi je pense. Si tu ne manges que de la thrash food, forcément, ça va se ressentir sur ton corps sur le long terme. Cela va considérablement jouer sur ton rétablissement quand tu te blesses. Je pense que si tu manges bien, tu te sens bien.

LS/ J’ai vu d’anciennes images de ta période Motive Skateboards. Beaucoup de gaps, de rails, des skills en mini rampe. Comment ta manière de skater a-t-elle évolué de tes débuts vers ton type de skate très original d’aujourd’hui ?

Je dirais que c’est essentiellement en évoluant aux côtés de skateurs extrêmement forts. Cela inspire et tu apprends auprès d’eux, de leurs techniques. Plus je m’impliquais au niveau professionnel, plus j’étais entouré par des skateurs professionnels qui te poussent à progresser, à essayer de nouvelles choses, de nouveaux tricks.

Ils m’inspirent aussi beaucoup, tout spécialement au niveau du rail et des choses comme ça. Ils ont cette faculté à essayer des tricks techniques sans « mourir » entre guillemets. Quand tu les vois essayer des choses, ça semble si facile pour eux. Tu apprends en assistant à cela. Ça te donne confiance et cela peut te débloquer de nouvelles possibilités de tricks.

LS/ Quels skateurs t’inspirent le plus ?

A travers les années et de loin, je dirais que c’est la team Habitat : Stefan Janoski, Danny Renaud, Danny Garcia aussi. D’ailleurs, je me passais en boucle la part VHS de ce dernier quand j’étais plus jeune. La musique, les tricks, me hypaient beaucoup.

LS/ J’ai lu dans une interview que tes grands-parents voyageaient beaucoup et que leur maison, où tu as passé une partie de ton enfance, était remplie de souvenirs de ces voyages. Est-ce que cela t’a inspiré ? 

Ouais, la maison est folle. Ils ont commencé à voyager aux alentours de leurs quarante ans. C’était tard, et voyager, à cette époque, c’était différent, plus compliqué. Ils n’avaient pas beaucoup d’argent, mais mon grand-père a réussi à mettre de l’argent de côté avec son travail. Grâce à cela, ils ont voyagé aux quatre coins du monde jusqu’à aujourd’hui, même si le COVID a quelque peu ralenti leurs plans.

Et puis tu sais, mon grand-père, même à quatre-vingt-quatre ans, il voyage encore dans des endroits incroyables. Par exemple, il est parti au Congo, en Corée du Nord, des endroits comme ça. C’est dingue ! Je crois qu’il est parti en Chine quelque-chose comme vingt-cinq fois…

De voir tous ces souvenirs partout dans leur maison comme tu l’as fait remarquer, c’était très inspirant quand j’y allais petit. Tu te dis : « J’ai envie de vivre les mêmes choses. » Partout où tu regardais, il y avait ces objets cool. Je te dis ça, mais je n’ai jamais rien acheté lors de mes voyages, ahaha. Parce que je ne saurais pas où mettre les choses. Je n’ai pas envie de les transporter d’un endroit à un autre. Donc je ne collectionne rien. Peut-être qu’un jour cela arrivera, mais pour le moment, je me contente de photos.

LS/ Parmi tes nombreux voyages, est-ce qu’il y a un pays que tu as apprécié plus qu’un autre ?

J’adore l’Europe. C’est un endroit magnifique. C’est tellement vaste et à la fois différent. Tu peux conduire à travers le continent et traverser quatre ou cinq pays. L’architecture également est incroyable, la nourriture, les langues, l’histoire, etc. Je trouve cool tout ce qui émane de ces lieux. Également la liberté dont tu jouis ici est géniale, parce qu’il y a plein d’endroits dans le monde où tu ressens moins cela. Typiquement, aux États-Unis, tu ne peux même pas boire une bière dans la rue. Ces petites choses peuvent vraiment changer ta perception de la liberté.

Culturellement aussi, en Europe, les gens semblent plus motivés à faire des choses. C’est vraiment un endroit enrichissant.

LS/ A contrario, quelle était la pire destination où tu as pu te rendre ?

Je ne veux offenser personne, ahaha. Je dirais l’Angleterre. Le temps n’est pas ouf. Londres est humide. On croirait que l’été n’existe pas. C’est très bizarre. Dans l’année, tu n’as que deux semaines d’été. Cette année, j’y ai passé l’été. Cela faisait très longtemps. Et en vérité, j’ai pu apprécier cette période à Londres et passer du temps également à Devon. Il y a la côte littorale où se balader et le park national qui est cool à visiter. Autrement, le reste du temps, il pleut tout le temps, il fait froid…

LS/ J’ai été à Londres en hiver toute une semaine et effectivement, il faisait froid, il pleuvait souvent et, le plus étrange, c’était le soleil qui se couchait dès 16h…

Ouais, par contre Londres en été, quand c’est ensoleillé et chaud, c’est l’une des meilleures villes. Parce que je pense que les gens n’ont pas l’habitude de voir du soleil. Et dès qu’il y a quelques rayons, tout le monde est super heureux. Ce qui est plutôt inhabituel pour les Londoniens, ahaha ! Donc il y a une sorte de vibe qui se ressent dans la ville et des tas d’événements sont organisés, des free parties… C’est très cool quand le beau temps est au rendez-vous.

LS/ Etnies High Five avec Tom Penny D’ailleurs, la vidéo Album d’Etnies récemment les full lenght vidéos sont assez rares maintenant.  Avant, c’était quelque chose d’énorme qu’on attendait tous, on matait les AVP en shops… Maintenant, les vidéos sont plus courtes, beaucoup de parts solo, c’est sur YouTube, Instagram ? Est-ce quelque chose qui te manque ou pas du tout, c’est l’évolution normale des choses ?

Je pense que l’attention des gens a évolué avec Internet. Les gens ne peuvent plus s’assoir devant une full lenght vidéo. Pour être honnête, je peux parfois ressentir la même chose. Ce qui manque le plus, c’est l’attente qui entourait la sortie d’une vidéo. Et aujourd’hui, elles sont si facilement accessibles en un clic au bout du doigt. Dans la seconde, tu peux visionner n’importe quel contenu. Aussi, l’une des raisons pour laquelle je regardais encore et encore la Mosaic, c’était parce qu’il y avait peu de vidéos disponibles et que je n’avais pas internet.

L’attention des gens n’est plus ce qu’elle était. C’est donc dans la logique de proposer des vidéos plus courtes. Moins de personnes sont enclines à rester une heure, une heure et demie devant une vidéo. Après, c’est bien qu’il y ait encore des full lenght vidéos ; c’est important.

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Crédit photo: Valentin Izzo // @val_i22o

LS/ Justement, tu as des projets à venir avec Sour ou Etnies prochainement ?

Une full lenght vidéo est en préparation pour d’ici quatre ou cinq mois. Du côté d’Etnies, actuellement, il n’y a pas de full lenght à proprement parlé en vue. Mais nous travaillons sur quelques projets. Ça fait un moment que nous filmons. Je ne pourrais pas te dire précisément.

LS/ En parlant d’évolution, que penses-tu du skate aux JO ?

Je ne sais pas trop quoi en penser. Personnellement, cela ne m’ennuie pas. Je pense que personne ne devrait avoir de jugement négatif à ce sujet, parce que les gens qui veulent skater aux Jeux Olympiques skatent aux Jeux Olympiques. En plus, cela semble avoir été bien reçu. Je pense que ça peut être un moyen de le faire découvrir au plus grand nombre et, si cela peut améliorer notre image auprès du grand public, alors c’est positif.

LS/ Tu étais devant les JO ?

Oui et l’ambiance était assez morne pour une première, sans doute à cause des restrictions sanitaires. Mais c’était quand même sympa à regarder. Les JO, c’est quoi ? C’est tous les quatre ans. Il y a des contests chaque semaine. C’est du pareil au même. On s’en fout. C’est comme regarder la Street League au final. Je ne comprends pas pourquoi certains s’offusquent.

LS/ Qu’est-ce qui rend Paris si spécial ? Beaucoup de tournées viennent ici et « boudent » les autres villes ?

C’est généralement parce qu’il y a beaucoup de spots à skater ici et, visuellement, c’est beau à filmer. C’est très photogénique. Paris est un concentré au niveau de la culture, de la mode et de la gastronomie. Pour se déplacer, c’est également très smooth. Tu peux pousser d’un endroit à un autre facilement. Tu n’as pas besoin de prendre forcément ta voiture comme dans certaines villes. C’est toutes ces choses-là, entre autres, qui attirent les tours dans la capitale.

LS/ Entre nous, que penses-tu d’Aurelien Giraud, qui serait sur le point de signer avec Etnies ?

Techniquement, il est très bon. Son arrivée, si cela se concrétise, serait logique : Chris Joslin, Trevor McClung, Ryan Sheckler sont à la fois chez Plan B et Etnies. En plus, Pierre André Senizergues est patriote, et il adore les skateurs français, donc ça collerait.

LS/ D’autres projets en vue, mise à part Sour et Etnies ?

J’ai prévu de parcourir l’Angleterre du Nord au Sud pour la Ben Raemers Foundation à partir du 25 septembre. Je compte parcourir 941 miles (1514,39 kilomètres) en vingt-cinq jours. Parce que, comme tu le sais, nous avons perdu Ben Raemers il y a quelques années maintenant. Ses amis et sa sœur se sont rassemblés pour créer cette fondation pour faire de la prévention contre le suicide. Et j’ai envie de faire ma part. C’est le projet qui me tient le plus à cœur en ce moment.

Merci Barney Page pour ce petit moment. Une cagnotte en ligne Go Fund Me est d’ailleurs ouverte. Vous pouvez y participer, et ce quelle que soit la somme donnée pour la Ben Raemers Foundation. Merci à Valentin pour les photos. 

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